VASES A LA GRECQUE EN CRISTAL TAILLE

PAIRE DE VASES OVOIDES

CRISTAL TAILLE ET MONTURE A LA GRECQUE EN BRONZE CISELE DORE

FRANCE, VERS 1770-1790

Hauteur: 17 cm

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Notre paire de vases représente une sorte d’accomplissement dans l’oeuvre des ornemanistes qui contribuèrent de façon importante à l’évolution du goût rocaille vers un néoclassicisme assimilé. Le goût grec, ou classicisme outrancier, avait fait son apparition dans la deuxième moitié des années 1750 alors que sévissait depuis une quinzaine d’année un rocaille relativement exubérant, utilisant parfois même l’asymétrie. La construction du Panthéon par Soufflot à partir de 1755, le thème posé en 1756 par le marquis de Marigny pour le concours annuel de l’Académie des Beaux-arts destiné à corriger le mauvais goût des ornements de l’époque, et de plus encore la réalisation du mobilier du collectionneur Lalive, de Jully en 1756-1757 furent autant de manifestes en faveur d’une relecture du vocabulaire ornemental antique. Après cette rupture extrémiste, et avant même que tout Paris « soit » à la grecque comme le relate le baron Grimm en 1763.

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Histoire de la cristallerie de la Reine Marie-Antoinette

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 Sous le règne de Louis XVI, l’aristocratie et la bourgeoisie avaient un penchant très marqué, de l’engouement même, pour les cristaux, lustres, flambeaux, services de tables. etc … Tous ces objets étaient d’importation anglaise et la fabrication du cristal en France était presque inconnue.Louis XVI, cherchant à faire produire à l’industrie nationale tous les objets importés, créa une Cristallerie, sous le patronage de la reine Marie-Antoinette. La direction en fut confiée à MM. Lambert et Boyer, d’Autun, et la fabrique installée à Sèvres. 

Mais les directeurs s’aperçurent bientôt que, pour rivaliser avec les cristaux anglais, il était nécessaire que la Cristallerie fût placée à proximité d’un centre leur procurant le combustible à un prix plus bas qu’à Paris. Après de sérieuses études faites sur place, ils décidèrent de transférer leur Cristallerie au Creusot. 

Et, dès 1785, la construction du nouvel établissement était commencée. On peut se demander pourquoi fut choisie la houillère de Montcenis plutôt qu’une autre pour l’installation de la Cristallerie de la Reine. Pour plusieurs raisons. La première, c’est que la mine du Creusot était connue en haut lieu pour avoir du charbon excellent qui alimentait déjà la Fonderie Royale, c’est ensuite, parce qu’il y avait, dans le voisinage immédiat, des carrières de sable convenant parfaitement pour l’emploi envisagé (La rue de la Sablière conduisait à ces carrières situées sur la place de la Molette). A ces causes, il faut en ajouter une autre : le bon minerai de plomb qu’on trouvait aussi dans les environs, à Saint-Prix-sous-Beuvray, et qui fut utilisé dans la fabrication des cristaux. 

Un extrait du « Journal de Paris », du 13 mars 1808, donne d’intéressantes précisions sur les motifs qui amenèrent la création d’une cristallerie au Creusot. C’est une lettre de M. Lambert, un des directeurs :

Sèvres, ce 11 mars 1808. 

« En 1782, étant parvenu, après de nombreuses expériences, à découvrir la composition du cristal et les procédés nécessaires pour le manufacturer en grand, je m’associai le sieur Boyer. J’eus ensuite recours aux bontés dont m’honorait le père du dernier duc d’Orléans, protecteur éclairé des établissements utiles, il m’abandonna, dans le Parc de Saint-Cloud, près de Sèvres, une maison et un emplacement sur lequel j’établis la première et la seule manufacture de cristaux qui existât en France et qui se servît de charbon de terre comme combustible.

« Nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que les verriers français que nous voulions employer ne connaissaient point la manière de travailler la matière du flint-glass (Flint-glass : de flint = silex et glass = verre, cristal). Ses propriétés réfringentes sont bien connues et il est utilisé, de ce fait, dans la construction des appareils d’optique et d’astronomie.). Nous nous déterminâmes à tout hasarder pour nous procurer des ouvriers anglais et ce fut avec une peine infinie que nous parvînmes à engager plusieurs ouvriers à passer en France. Notre interprète fut arrêté et n’échappa au supplice qu’en se « coupant le col » dans la prison.

« Le succès de notre établissement attira bientôt l’attention de l’ambassadeur anglais à Paris. Son secrétaire entretenait nos ouvriers dans un état de débauche qui les détournait du travail, et qui dura jusqu’au moment où le gouvernement français d’alors eut la faiblesse de céder aux demandes et aux instances réitérées du gouvernement anglais et fit livrer à son ambassadeur les ouvriers qui nous avaient coûté tant de sacrifices. Il est vrai que nous obtînmes un délai de trois mois; nous employâmes ce délai à former des élèves. Il nous fallut encore faire beaucoup de sacrifices, parce que les Anglais se refusaient absolument à travailler devant les Français.

« Lorsque la Reine acheta Saint-Cloud, mon établissement prit le nom de « Manufacture de Cristaux de la Reine ». Elle le protégea.

« Cependant, l’importance que le gouvernement anglais mit, par son ambassadeur, à troubler notre établissement, fixa l’attention du gouvernement français. Nous fûmes encouragés et, en 1785, le Roi prit un intérêt de 150 000 francs dans notre manufacture et il y eut une association entre nous et les intéressés aux Etablissements des Fonderies de Montcenis (Creusot) et d’Indret, aux fins d’établir une manufacture de cristaux en très grand audit Montcenis. Ensuite de ces arrangements, je fus au Montcenis; j’y établis en grand la manufacture; je la plaçai sur des mines de charbon de terre; je dirigeai et donnai tous les plans des bâtiments que je fis exécuter sur ceux que j’avais vus en Angleterre, ainsi que les creusets recouverts dont je m’étais déjà servi à Saint-Cloud.

« Enfin, les avantages du nouvel établissement sur celui que je quittai près de Paris furent immenses, tant par la différence de cherté du charbon de terre que par l’assiduité des ouvriers au travail et le gouvernement ordonna par l’arrêt du Conseil du Roi du 18 février 1787, que la Manufacture de Cristaux de la Reine, établie à Sèvres, près de Saint-Cloud, serait transférée au Montcenis … ».

LAMBERT, Propriétaire de la Manufacture d’émaux à Sèvres.

« Des montagnes autrefois inaccessibles s’y aplanissent chaque jour et font place à des établissements curieux et intéressants; pendant que l’on fouille dans le sein de cette mine d’une qualité supérieure qui doit mettre en activité des machines de toutes espèces, on voit cette montagne couverte de fourneaux, de pompes et de machines à feu », Rien n’a été ménagé pour l’élégance, la solidité des divers ouvrages, et il est difficile que la munificence de Louis XVI se manifeste avec plus d’éclat et d’utilité: la célérité avec laquelle ce monument s’élève fera époque dans l’histoire de son règne. La verrerie, située sur une éminence, domine les bâtiments des pompes à feu ; un corps de logis, dans lequel on compte déjà cent quatre-vingt-seize croisées, sera habité par les directeurs et ouvriers destinés aux travaux de la verrerie. Vis-à-vis les deux extrémités de ce vaste bâtiment, on remarque deux cônes de figure parallèle qui s’élèvent à la hauteur de quatre-vingt pieds sur trente-cinq de diamètre à leur base, leur maçonnerie très solide est construite en briques rouges, à la manière des Romains. La base de ces pyramides forme deux halles superbes, dans chacune desquelles sont les fourneaux destinés pour la fonte des matières vitrifiables … Quatre voûtes d’un travail hardi, placées à l’extrémité inférieure des cônes, sont disposées de manière à fournir un libre espace aux ouvriers , Il y a encore d’autres bâtiments pour la construction des pots et vases de toutes espèces »

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Mais à cette date (Aout 1786), la Manufacture des cristaux de la Reine fonctionnait toujours à Sèvres : le décret de transfert n’est que du 18 février 1787, en voici les extraits principaux :« Arrêt du Conseil d’Etat du Roi, qui ordonne la translation de la Manufacture des cristaux de la Reine, établie à Sèvres près Saint-Cloud, au Creuzot près Montcenis en Bourgogne
Du 18 février 1787. Extraits des registres du Conseil d’Etat. – Le Roi s’étant fait représenter les différents arrêts rendus en son conseil relativement à la manufacture des cristaux de la Reine, située au village de Sèvres, près Saint-Cloud, Sa Majesté a reconnu qu’il serait plus avantageux pour cet établissement d’être transféré au Creuzot, près Montcenis, en Bourgogne, attendu que les matières premières nécessaires pour alimenter ladite manufacture se trouvant sur le lieu, ce sera un moyen de porter cette manufacture digne à tous égards de la protection de Sa Majesté, au plus haut degré de perfection dont elle est susceptible, A quoi voulant parvenir: ouï le rapport du sieur de Calonne, conseiller ordinaire au conseil royal, contrôleur général des finances, le roi étant en son conseil, a ordonné et ordonne que ladite manufacture des cristaux de la Reine, établie au village de Sèvres, près Saint-Cloud, sera très incessamment installée audit lieu du Creuzot, près Moncenis, sur une partie de l’emplacement des mines et fonderies à la manière anglaise, situées audit lieu du Creuzot et qu’en conséquence, il sera procédé sans délai à la construction des fours, halles, magasins et autres bâtiments (Nous venons de voir que la construction de la Cristallerie était déjà bien avancée au moment où le décret était pris) nécessaires à l’exploitation de ladite Manufacture des Cristaux de la Reine, laquelle sera administrée comme ladite fonderie royale du Creuzot et jouira des mêmes privilèges, prérogatives et exemptions, à la charge en outre qu’iI ne pourra être employé aux fabrications qui auront lieu dans ladite Manufacture des Cristaux de la Reine, d’autre charbon de terre que celui de la mine concédée aux intéressés dans les fonderies royales du Creuzot; mande et ordonne Sa Majesté au sieur intendant et commissaire départi pour l’exécution de ses ordres dans la province de Bourgogne de tenir la main à l’exécution du présent arrêt, lui attribuant à cet effet Sa Majesté toute cour ,juridiction et connaissance, et icelles interdisant à ses cours et autres juges. Fait au Conseil d’Etat du Roi. Sa Majesté y étant, tenu à Versailles le dix-huit février mil sept cent quatre-vingt-sept. Signé: Le Baron de Breteuil ».

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Malheureusement, aucun document ne permet de fixer la date de l’ouverture de la Cristallerie. Toutefois, par divers recoupements, notamment par le dénombrement de la population du 27 janvier 1787, on peut affirmer que la Cristallerie fonctionne ou est sur le point de fonctionner à cette date, car, parmi les professions relevées dans ce dénombrement figurent 202 ouvriers de la Verrerie. 

En tout cas, il est sûr qu’elle fonctionnait en 1788, car un « Guide de Paris» de cette année-là (Etat actuel de Paris ou Le Provincial à Paris, 1788) indique que les verres de table des Verreries Royales de Creusot, ainsi que ceux de la Manufacture de Sainte-Anne et de Baccarat, étaient en vente au n° 10 de la rue Plâtrière (Aujourd’hui rue J.-J.-Rousseau. dans le quartier Saint-Eustache.).

D’autre part, un acte du 8 avril 1789, assez curieux en lui-même, mérite d’être cité en partie. Il prouve que les directeurs de la Cristallerie, entendant travailler tranquillement, ont envoyé promener, tout simplement, l’inspecteur chargé de se rendre compte de la marche de l’affaire :

« Lazare Bonnardot, notaire royal, Eléonore Montcharmont, procureur, Lazare Pelet, chapelier et Benoît Gravier, cordonnier, demeurant tous à Montcenis se transportent ledit jour au hameau du Creuzot, lieudit établissement de la Manufacture des Cristaux de la Reine, paroisse de Moncenis … sur les réquisitions du sieur Jean-Henry de Gazeran, inspecteur-contrôleur de ladite manufacture … lequel sieur de Gazeran a remontré que, par comité du 19 mars dernier, MM, les commissaires du roy et intéressés à l’exploitation de ladite manufacture des cristaux de la Reine, l’ont nommé inspecteur et contrôleur d’icelle à raison de la fabrication tant de goubleterie que du verre de table. pour recevoir et contrôler les objets de fabrication et cognoître les mattières qui y sont employées, demander au sieur Lambert les détails indispensables pour toutes opérations, consulter les livres du garde-magasin, juger les prix des matières premières, joindre aux prix d’icelles celuy de la fabrication, et enfin mettre l’administration et les sieurs intéressés en état de juger si cette fabrication est avantageuse et profitable … » (Etude de Me Devoucoux, notaire, au Creusot).
Le sieur Gazeran avait déjà, la veille, fait la même démarche et s’était vu refuser de façon catégorique toutes communications. Cette fois, il ne fut pas plus heureux et M. Lambert lui fit dire « qu’il n’avait rien à répondre, ni à signer».

En 1789, la Cristallerie est en plein fonctionnement ce qui est confirmé par l’histoire ci-dessous :Nommé à l’évêché d’Autun, Talleyrand, aussitôt après avoir prêté, le 19 mars 1789, les deux serments rituels, l’un à la porte du Palais épiscopal, le second sur le parvis de la Cathédrale Saint-Lazare, s’apprêta à quitter la ville après avoir cependant célébré, le 25 mars, la grand’messe où, d’ailleurs, il montra sa complète inexpérience du cérémonial.

Le 12 avril, jour de Pâques, il demanda son carrosse et partit pour Paris sans prendre congé de ses diocésains qui ne le reverront plus, pressé qu’il était de se faire élire député du Clergé aux Etats Généraux.

Un détail corrobore cette hâte (et en même temps le fonctionnement de la Cristallerie). En 1909, Mgr Villard, évêque d’Autun, fit déballer des caisses abandonnées dans un coin de l’évêché. Qu’y trouva-t-on? Un service en cristal taillé, deux carafes et 67 verres qui constituaient le présent offert « à son nouvel évêque par la Cristallerie de la Reine, au Creusot, près de Montcenis, en Bourgogne ».

Talleyrand en avait certainement toujours ignoré l’envoi. Ces précieux spécimens de l’art du verrier au Creusot se trouvaient au Musée de la Verrerie, au début de la dernière guerre. Ils ont été anéantis au cours des bombardements aériens.

Grâce à l’habileté et à la science de ses dirigeants, sans oublier la valeur professionnelle de la main-d’œuvre, la Cristallerie de la Reine surclassa rapidement les produits anglais, même sur les marchés étrangers.

En 1795, le directeur de la Cristallerie est Jacques Chapet. Jacques Chapet est né à Coulomb (Eure-et-Loir), le 1 er avril 1754. Il reçut, en 1774, le diplôme de maîtres ès-arts de la Faculté de Paris et entra dans la Congrégation de l’Oratoire. En 1776, il était professeur au Collège de Montbrison; il le fut ensuite à Tournon. C’est de là que Louis XVI le nomma précepteur de ses enfants. Il enseigna enfin au Collège des Oratoriens, à Autun.

Le R.P. Chapet dota la Cristallerie de deux inventions importantes. La première fut l’usage du Flint-Glass, dont le pouvoir réfringent est précieux pour la fabrication des instruments d’optique et d’astronomie: il en découvrit la formule, déjà connue, mais gardée jalousement par les Anglais. La seconde découverte due à son génie inventif fut un procédé d’incrustation sur verre (A l’Exposition d’art ancien qui s’ouvrit à Dijon, en juillet 1920, les médaillons incrustés de la Cristallerie du Creusot qu’on y avait exposés furent, selon M. Fyot, très remarqués. A une exposition, au Creusot, en 1954, de très belles pièces provenant du Château de la Verrerie et de collections particulières retinrent également l’attention des connaisseurs.). 

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Grand médaillon en cristal taillé à fond rayonnant centré d’un cristallo cérame au profil de Marie-Antoinette. Anneau en bronze doré à décor de feuillages et rosaces. Premier tiers du XIXe siècle. Haut. : 14,2 cm – Larg. : 11,5 cm. Estimé 400€ à 500€, il a été vendu aux enchères 3200€ début 2010.

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