FONTAINE MEDICIS.

DESSIN

LA FONTAINE MEDICIS

ECOLE FRANCAISE DU XVIII ème SIECLE

PLUME, ENCRE NOIRE ET LAVIS GRIS

25 x 34 cm

PROVENANCE: COLLECTION CHARLES NORMAND PUIS ALBERT-ARMAND RATEAU.

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La fontaine Médicis est une fontaine du jardin du Luxembourg  à Paris. Sa construction, vers 1630, est une commande de la reine Marie de Médicis, veuve d’Henri IV, à l’ingénieur florentin Thomas Francine. Restaurée après la Révolution par Jean-François Chalgrin, qui place dans sa niche centrale une statue de Vénus, elle est déplacée en 1862, son bassin agrandi et la statue remplacée par le groupe statuaire Polyphème surprenant Galatée dans les bras d’Acis, œuvre du sculpteur Auguste Ottin.

Autour du palais du Luxembourg qu’elle fait construire,Marie de Médicis souhaite installer de nombreuses grottes, fontaines, bassins et terrasses dotés de jeux d’eau, afin de retrouver l’atmosphère architecturale des nymphées de son enfance, comme la grotte de Buontalenti à Florence. Cette fontaine est le seul vestige de ce type de constructions commandées par la reine.

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Plan du jardin en 1752. La grotte se trouve en bas à gauche, au point K.

Vers 1630, elle confie la réalisation de cet édifice à l’ingénieur florentin Thomas Francine, qui s’est déjà illustré en construisant l’aqueduc Médicis  entre Paris et Rungis, et qui réalisera six ans plus tard une grotte similaire dans les jardins du chateau de Wideville (Yvelines).

Plus que d’une grotte, il s’agit d’une façade de 14 mètres de haut et 12 mètres de large, destinée à masquer les bâtiments de la rue d’Enfer, près de laquelle elle se trouvait. Elle comprend trois niches, séparée par quatre colonnes d’ordre toscan. Un fronton orné des

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armes de la France et des Médicis la surplombe, surmonté de trois pots à feu(qui ont de nos jours disparu) et encadré par deux figures allégoriques couchées, Le Rhône et La Seine, œuvre de Pierre II Biard. Un mur en pierre de taille avec de fausses arcades est placé de chaque côté de la grotte. Du XVIIe au début du XIXe siècle, le bassin situé devant la grotte centrale ne comprend pas de jeux d’eau.

La grotte est initialement installée à l’Est du jardin du Luxembourg, dans la perspective de l’allée entre la porte des Carmes et la rue d’Enfer, longeant donc la façade sud du palais.

Comme le palais du Luxembourg, le jardin est réaménagé après l’installation du Sénat dans ses murs en 1799. L’architecte Jean-François Chalgrin confie alors aux sculpteurs Duret, Ramey et Talamona de restaurer la « grotte du Luxembourg ». Les armes d’Henri IV et des Médicis sont retirées et, dans la niche centrale, est placée une petite statue de Vénus en marbre. Enfin, le petit bassin est désormais alimenté par une cascade d’eau située sous la statue. Ce qui n’était alors qu’un portique de style italien devient une fontaine.

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Plan du jardin depuis les transformations du milieu du XIXe siècle : la fontaine est en haut à droite, le trait bleu figurant le long bassin.

Dans les années 1850, les murs qui prolongeaient la grotte de chaque côté sont démolis. Au début des années 1860, la fontaine est déplacée, à la suite du percement de la rue de Médicis, effectué dans le cadre des travaux d’urbanisme du préfet Haussmann à Paris. Malgré de vives protestations, le projet provoquant également la destruction d’une partie des dépendances du Sénat, la fontaine Médicis est démontée pierre par pierre en 1862 et rapprochée du palais d’une trentaine de mètres. L’architecte Alphonse de Gisors rétablit les armes de la France et fait construire un bassin long d’une cinquantaine de mètres, dont la rambarde est ornée de vasques ; deux rangées de platanes bordent le bassin.

La statuaire est aussi revue. Dans la niche centrale, la statue de Vénus est remplacée par un groupe de trois personnages mythologiques intitulé Polyphème surprenant Galatée dans les bras d’Acis, œuvre du sculpteur Auguste Ottin. Polyphème, cyclope légendaire, est amoureux de Galatée, jeune et belle nymphe marine. Accroupi sur un rocher, une peau de bête sur le dos, il observe Galatée dans les bras d’Acis, prêt à tuer son rival avec un rocher. Le couple est langoureusement allongé au bord de l’eau. Le contraste est saisissant entre la masse énorme et sombre du cyclope et la blancheur du duo des deux jeunes gens. De plus, la forme même du bassin procure l’illusion que le plan d’eau est incliné.

Dans les niches latérales sont placées deux statues de faune et de chasseresse. La façade arrière de la fontaine est aussi réaménagée par Gisors, qui y adosse la fontaine de Léda, autrefois située à l’angle des rues du Regard et de Vaugirard, supprimée par le percement de la rue de Rennes. Cette deuxième fontaine comprend un bas-relief d’Achille Valois réalisé en 1807. Elle est surmontée d’une demi-couple et d’un fronton, où sont couchées deux statues de naïdes réalisées par Jean-Baptiste-Jules Klagmann.

La fontaine est classée au titre des monuments historiques par la liste de 1889.

Sous l’Occupation, en juin 1944, les Allemands transforment la fontaine Médicis en piscine d’été.

Veuillez nous contacter.

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NORMAND, Charles

(9 septembre 1858, Paris – 24 avril 1934, Paris)

Carrière
1877-1883 : formation à l’École des beaux-arts, section architecture
1884 : fondateur de la Société des amis des monuments parisiens et directeur de son bulletin (1884-1901)
1887 : fondateur de la revue L’Ami des monuments, qui devient en 1890 L’Ami des monuments et des arts (1887-1913)
1889 : secrétaire général du Comité d’organisation du Congrès international pour la protection des monuments et des œuvres d’art (Paris)
1888-1890 : plusieurs voyages en Grèce (Épidaure, Métaponte, Athènes) et en Russie (Moscou)
1898 : participe au premier Congrès international d’art public à Bruxelles
1898 : voyage en Algérie
1900 : directeur de l’exposition municipale de maquettes « Paris – Parallèle ancien et moderne » de la Ville de Paris organisée dans le cadre du deuxième Congrès international d’art public
1905 : représentant officiel de la Ville de Paris au Congrès international d’archéologie (Athènes) ; participe au troisième Congrès international d’art public à Liège
1907 : collaborateur de l’Institut international d’art public fondé en 1905
1907-1908 : effectue des fouilles à Alise-Sainte-Reine (Côte-d’Or)
1909 : création et installation du musée du Contre-Vandalisme à l’hôtel de Sully (Paris)
1911-1914 : membre de la Commission des perspectives monumentales instituée en 1909 auprès du sous-secrétariat d’État aux beaux-arts

Fondateur, secrétaire général, puis président de la Société des amis des monuments parisiens (1884-1912) ; membre de la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France (1889-1919) ; membre du Comité de patronage de la montagne Sainte-Geneviève (1895) ; membre de la Commission municipale du vieux Paris depuis sa création (1897, dernière trace en 1917) ; membre et vice-président de la Société historique et archéologique du VIIIe arrondissement de Paris (1899-1921) ; membre de la Société pour la protection des paysages de France depuis sa création (1901, dernière trace en 1913) ; membre de la Commission des perspectives monumentales de l’État (1909) ; membre de la Section d’hygiène urbaine et rurale du Musée social (annuaires de 1911 et 1914, présent aux séances de 1913 à 1919)

Prix Bailly (Académie des beaux-arts) pour sa publication consacrée à la ville de Lycosoura (1897) ; médaille Guérinot de la Société centrale des architectes récompensant ces efforts pour la conservation des monuments (1902)

Étude critique

Issu d’une dynastie d’architectes et fils aîné du plus célèbre d’entre eux, Alfred Normand (1822-1909), Charles Normand commença par étudier à Paris au lycée de Vanves puis au lycée Henri IV. Reçu premier à l’École des beaux-arts, il en fut l’un des élèves de la section architecture, de 1877 à 1883. À sa sortie, en 1884, il fonda la Société des amis des monuments parisiens, c’est-à-dire la première association locale de sauvegarde du patrimoine à Paris, puis, en 1887, le Comité des amis des monuments français, dont il dirigea la revue L’Ami des monuments (1887-1913). Dès lors, à moins de trente ans, Charles Normand devint une des personnalités majeures de la scène patrimoniale parisienne, investi dans la lutte contre le vandalisme sous la IIIe République. Son apport dans l’histoire de l’art peut se résumer autour de trois thématiques : d’une part, sa volonté de renouveler l’érudition historique et artistique à travers ses publications et ses activités, d’autre part, son intérêt pour la période antique à travers ses voyages et ses fouilles, et, surtout, ses interventions en faveur de la sauvegarde du patrimoine à Paris, puis en France, et notamment du vieux Paris.

Sa volonté de renouveler l’érudition historique et artistique se mesure à ses très nombreuses publications et aux multiples activités de vulgarisation qu’il initia. Il estimait en effet que pour favoriser la conservation des richesses du passé, il fallait d’abord sensibiliser l’opinion publique à cette cause. Faire progresser et renouveler la connaissance des œuvres d’art faisait donc partie intégrante de cet objectif. Après la parution de Nouvel Itinéraire-Guide artistique et archéologique de Paris (1889-1894), il entreprit une série de « guides-souvenirs » régionaux et de monographies de monuments, destinés à former un inventaire des richesses artistiques et archéologiques. Son approche des lieux et des monuments, visant à concilier érudition et vulgarisation, apparut alors tout à fait nouvelle. Fruit de ses recherches personnelles, ses publications reposaient en effet sur un contenu documentaire très riche, fondé tant sur des sources d’archives, présentées comme inédites, que sur des résultats de fouilles. S’y conjuguait une forme voulue comme attractive (un petit format portatif pour les guides), une abondance et une richesse d’illustrations (gravures issues de collections particulières, photographies prises pour l’occasion, restitutions, plans et dessins d’architecture). Comme le soulignèrent plusieurs de ses contemporains, son écriture combinait en fait plusieurs approches : celle de l’historien, par le recours aux sources d’archives en tous genres, celle de l’archéologue, par l’étude des vestiges et des données issues des fouilles, et celle de l’architecte, par ses dessins d’édifices restituant leur état ancien. Les activités de vulgarisation qu’il dirigea – conférences, visites et excursions portant sur des édifices du vieux Paris ou des villes antiques – relevaient également de cette volonté de propager une connaissance renouvelée des monuments. Le fait qu’elles étaient organisées de manière régulière et, qui plus est, à destination des érudits comme des amateurs était nouveau. Leur succès était régulièrement rapporté dans la presse, et si l’on en croit une notice nécrologique, Charles Normand serait d’ailleurs, par ses visites de groupes dans le vieux Paris, le précurseur des visites-promenades guidées in situ sur l’histoire de la ville.

Grand voyageur et connaisseur de l’Antiquité, Charles Normand se rendit à Métaponte, Épidaure et Athènes, où il resta plusieurs mois et suivit les fouilles en cours. De cette « exploration artistique et archéologique de la Grèce », il ramena des notes et des dessins de voyages, et exposa, au Salon d’architecture de 1891 et de 1892, des essais des restitutions effectués d’après les découvertes archéologiques. De même, lors de son voyage en Afrique du Nord en 1899, il se rendit à Hammam R’Ihra, station thermale en vogue dans l’Afrique romaine et située dans les environs d’Alger, et fit part des découvertes issues des fouilles en cours. L’Antiquité gréco-romaine occupa ainsi une place importante dans ses thèmes de recherches, et les comptes rendus qu’il fit de ses voyages à l’étranger témoignent de ce désir de transmettre une connaissance actualisée des sites explorés. Parallèlement, les fouilles qu’il exerça contribuèrent à faire progresser la connaissance archéologique. À Paris, ses identifications amenèrent de nouvelles données sur le Paris romain, en pleine exhumation depuis les travaux du Second Empire. Entre 1906 et 1910, il suivit ainsi de près les fouilles du Collège de France sur la rive gauche, celles du marché aux fleurs et celles du Palais de Justice sur l’île de la Cité, effectuant lui-même des fouilles le long du boulevard du Palais, en 1907, et sous le Palais de Justice en 1910. En 1913, il pensait d’ailleurs publier une monumentale Reconstitution du Paris romain, dans laquelle il aurait résumé le résultat de ses recherches poursuivies pendant plus de trente-cinq ans. Seule une bibliographie de ses travaux, reprenant l’intégralité des articles et notices publiés à ce sujet, permet aujourd’hui d’en mesurer l’ampleur. En dehors de la capitale, Charles Normand se rendit sur d’autres sites comme celui de la tour de Vésone à Périgueux et sur le chantier de fouilles d’Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or, où il participa à la reconnaissance du site d’Alésia.

Aux côtés de ses publications et de ses activités de diffusion, son engagement pour la sauvegarde du patrimoine se mesure à son investissement dans les groupements de sauvegarde et son opposition aux projets menaçant la conservation du vieux Paris ou compromettant l’esthétique urbaine de la capitale. En témoignent notamment certaines des campagnes de la Société des amis des monuments parisiens : celle menée dès 1893 pour la préservation de l’esplanade des Invalides, contre la nouvelle gare en tranchée prévue pour l’Exposition universelle de 1900 ; celle qu’il initia en faveur du dégagement de l’hôtel de Cluny et de la nouvelle Sorbonne, en demandant en 1898 l’aménagement d’un square, ou encore celle qu’il dirigea avec la Société de l’histoire de Paris et de l’Île-de-France pour la sauvegarde de la vieille église Saint-Pierre-de-Montmartre, promise à la démolition par le clergé (1897). Ses interventions au sein des séances de la Commission municipale du vieux Paris, dont il fut nommé membre dès 1898, montrent qu’il en fut l’une des personnalités les plus actives. Ses positions suscitèrent de nombreuses polémiques, tout comme celles d’André Hallays, qui le soutenait souvent. Parmi les plus intéressantes, on peut mentionner les arguments développés à l’encontre de l’agrandissement du palais de la Bourse (1899) ou ceux relatifs à l’aménagement et au lotissement des terrains des fortifications (1902). Son intervention sur la restauration de l’ancienne faculté de médecine, tout juste acquise par la Ville à la suite d’une importante mobilisation, exprime nettement une critique de la pratique de la restauration telle qu’elle était menée par les architectes des monuments historiques (1903). Concernant la conservation d’anciens édifices, ses interventions relatives à la sauvegarde de l’hôtel de Rohan (1902) ou aux peintures de l’hôtel de Luynes, avant leur remontage au musée Carnavalet (1903), permettent de mesurer la pertinence de ses propositions, dont l’actualité reste particulièrement frappante. Son insistance en faveur de la conservation des vestiges d’une des tours de la Bastille (les fondations de la tour dite de la Liberté, découvertes en 1899 dans les travaux du métropolitain) en est un autre exemple. En 1909, la création d’un musée du « Contre-Vandalisme » dans l’hôtel de Sully, qui n’était alors qu’un vieil hôtel du Marais en pleine dégradation, fut l’une des dernières formes de cette lutte. À la fois stigmatisation du vandalisme et lieu du souvenir historique, ce musée, véritable défi lancé aux pouvoirs publics, réunissait des collections hétéroclites constituées à partir de ses fouilles personnelles, de vestiges sauvés de la démolition et de dons. Il mêlait ainsi des dessins de maîtres et d’architectes du XVIII et XIXe siècle, des fragments du Paris antique et quantité de souvenirs historiques et de pièces d’arts décoratifs issus d’anciens hôtels démolis.

Représentant de la Ville de Paris et rapporteur de plusieurs congrès et manifestations internationales culturelles, membre de nombreuses sociétés savantes et commissions, président d’honneur de plusieurs associations créées dans le sillage de la Société des amis des monuments parisiens – comme celle des amis des monuments rouennais créée en 1886 ou le Klub za starou Prahou (Club des amis du vieux Prague, 1901) – Charles Normand bénéficia très rapidement d’une considération dont les articles de l’époque rendent bien compte. Pourtant, il disparut complètement de la scène parisienne dès les années 1920, probablement pour cause de problèmes de santé. La date de son décès, tout récemment trouvée, resta longtemps méconnue. Quant à sa collection du musée du Contre-Vandalisme, aucune trace n’a permis de savoir ce qu’elle a pu devenir après son décès. Par la nature de son activité, l’éclectisme de ses intérêts, l’originalité alors reconnue de son écriture et son approche des monuments, cet érudit oublié apparaît cependant comme une figure importante de l’histoire de l’art et, qui plus est, déterminante dans l’histoire de la sauvegarde du patrimoine parisien.

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