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LE XVII ème SIECLE, REGNE DU DIAMANT

Sur le plan politique, la transition entre le XVIe et le XVIIe siècle est marquée par une phase d’expectative: deux puissants monarques, Philippe II d’Espagne ( 1527-1598 ) et Elisabeth 1ère d’Angleterre ( 1558-1603 ) quittent la scène. En 1610, le roi de France Henri IV est assassiné, et son fils, le futur Louis XIII, n’a que neuf ans. Peu préparée, sa mère Marie de Médicis gouverne en tant que régente. L’empereur d’Allemagne Rodolphe II ( 1552-1612 ), assez faible, vit retiré dans son palais de Prague, entouré de ses trésors artistiques. Mais l’art et l’artisanat n’en sont pas moins florissants à travers tout le continent, et il en va de même pour la joaillerie, encouragée par les cours royales, ou une richesse éblouissante est exhibée comme un symbole de pouvoir. C’est le cas surtout dans les grandes circonstances, lors des préparatifs d’un mariage royal ou au moment de sa conclusion, lors de la naissance ou d’un baptême d’un héritier, de la visite d’un ambassadeur ou d’un souverain étranger. D’innombrables témoignages oculaires nous sont parvenus. Les biographies nous parlent continuellement du goût parfois excessif de la classe régnante pour les objets précieux. Si aujourd’hui les bijoux sont plutôt réservés aux dames, à l’époque, les hommes aussi avaient leurs parures. Les courtisans rivalisaient de splendeur, mais cette concurrence malsaine, source de ruines et de nombreux scandales, incita certains rois, comme Louis XIII en France, à proclamer-mais en vain-des décrets limitant le port de bijoux, mais aussi de dentelles, presque aussi couteux.   

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Pierre Mignard, Marie-Thérèse d’Autriche et le Louis le Grand Dauphin – vers 1665

SOUVERAINS ET PARURES AU XVIIe SIECLE

La question du rapport entre les souverains et les bijoux au XVIIe siècle ne pourra être abordée que par le biais de quelques exemples.

L’importance symbolique des bijoux royaux est illustrée par le fait que Jacque 1er d’Angleterre, peu après son couronnement, en 1603, ajoute d’importants joyaux à la couronne et les déclare inaliénables, afin qu’ils ne puissent plus être vendus ou donnés par la famille royale. L’année suivante, il affirme au Parlement que les joyaux précieux sont des signes reçus de Dieu légitimant le droit d’exercer le pouvoir. La même année, il achète encore l’un des plus célèbres diamants de l’histoire; le fameux Sancy, pesant 53,8 carats, conservé aujourd’hui au Louvre. C’est encore Jacque 1er qui envoie à Madrid son fils Charles, le futur Charles 1er, pour y négocier ses fiançailles avec une princesse espagnole. Il lui confie de nombreux bijoux de très grande valeur, et pour donner davantage de poids à sa proposition, il le fait accompagner par le flamboyant George Villiers, premier duc de Buckingham, un homme qui paraissait habituellement « comme entravé et emprisonné dans un filet de joyaux ». Pour sa part, le prince portait la célèbre broche des « trois frères », trouvée selon la légende sur le cadavre de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, tué en janvier 1477 lors de la bataille de Nancy. Les fiançailles ne se firent pas et les bijoux furent élégamment restitués. Charles épousa, peu après son accession au trône en 1613, Henriette-Marie, fille du roi de France Henri IV. Lors de son mariage, elle recut une veritable fortune en bijoux, et elle parvint en outre à racheter les parures de sa mère, Marie de Médicis, avait emportées en exil et mises en gage. Cette dernière portait, lors du baptême du Dauphin- le futur Louis XIII- en 1606, une robe semée de 3000 diamants et de 22000 perles. Rien d’étonnant à ce que les textes de l’époque décrivent régulièrement les reines et les princesses comme incapables de faire un pas toutes seules. Elles devaient en effet être soutenues au moindre déplacement, et parfois même portées.

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Le Sancy, Marie De Médicis.

En France, Louis XIV n’est pas surnommé le « Roi Soleil »pour rien. Non content de paraître à un bal déguisé en soleil, il brille comme l’astre du jour à chaque apparition. Il organise la vie à la cour comme une grande représentation théâtrale, dont il est l’unique acteur principal. Même le « lever du Roi », le matin, est organisé comme une cérémonie solennelle à laquelle assistent quelques privilégiés. Lorsqu’il reçoit l’ambassadeur de Turquie en 1669, il porte une tenue chargée de diamants estimée à quatorze millions de florins. Au printemps de la même année, le souverain avait acheté une série de superbes diamants à Jean-Baptiste Tavernier ( 1605-1689 ), célèbre voyageur aux Indes et négociant en diamants… Il pouvait en outre disposer des dix-huit diamants connus comme les « Mazarins » légués par le cardinal à la couronne de France en 1661. Ils ont ensuite paré tous les rois et empereurs de France ainsi que leurs épouses. Certains des Mazarins sont aujourd’hui exposés dans la Galerie d’Apollon au Louvre.

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Entre le 20 mai 1684 et le 24 avril 1686, Louis XIV se fait livrer dix ensembles de diamants pour une somme totale de 4.932.796 florins. Lorsqu’il reçoit, peu avant sa mort en 1715, l’ambassadeur de Perse, il porte pour 12.500.000 florins de diamants. Saint-Simon témoigne que « le Roy ployait sous le poids ». Aussi le souverain s’empresse-t-il  de se changer après le diner…Ce faste sans précédent fait grande impression sur les autres souverains européens, qui font de Versailles leur modèle. Quand le prince Frédéric-Auguste de Saxe- Auguste le Fort- fait à dix-sept ans, comme il se doit, son Kavalierstour et visite la plupart des cours européennes, il est reçu avec les plus grands égards, en 1687, par Louis XIV. Le jeune homme a parfaitement compris le pouvoir et la force de persuasion de cet éblouissant étalage de richesses. En 1697, il se rend en Pologne comme candidat à l’élection du nouveau roi. Pour faire impression, il se fait accompagner d’une énorme suite et emporte la quasi totalité de ses trésors. Le transport de la « Silberkammer »-métaux précieux, bijoux, pierres précieuses-exige à lui seule vingt-deux chevaux de trait! Le 23 juillet, Frédéric-Auguste est couronné roi à Cracovie. Même les boutonnières de sa magnifique tenue bleue sont ornées de diamants, et l’ensemble de son vêtement en est parsemé : aigrette au chapeau, boutons, boucles de chaussures et jarretières; sa dague aussi est incrustée de diamants? Ses bijoux sont estimés à un million de thalers. En se faisant réaliser toute une série de « garnitures »ou de parures de pierres précieuses, Auguste le Fort annonce le goût du faste encore plus marqué qui va caractériser les souverains du XVIIIe siècle, parfois davantage encore que leurs épouses.

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Louis XIV reçoit dans la Galerie des Glaces de Versailles Mehemet Raza-Bey, ambassadeur extraordinaire du Shah de Perse Tahmasp II, 19 février 1715, par Antoine Coypel.

L’EVOLUTION DE LA JOAILLERIE AU XVIIe SIECLE

 

Au début du XVIIe siècle, une certaine unité de style se dessine dans la joaillerie, grâce à la « migration » des nombreuses princesses que l’on marie à des princes étrangers en guise de monnaie d’échange politique. Elles sont accompagnées d’une suite de domestiques, mais souvent aussi d’artisans, et d’une dot composée en grande partie d’orfèvrerie et de bijoux précieux. Les tendances locales se diffusent ainsi internationalement. Mais il y a à cela une deuxième raison: la croissance de la demande incite les meilleurs joailliers à dessiner des livres de modèles qui sont largement diffusés. Au XVIe siècle, il s’agit principalement d’artistes néerlandais; au XVIIe, ce sont plutôt des français tels François Lefèvre, Etienne Canteron, Gilles Légaré et Jean Toutin qui donne le ton.

Vers 1600, la mode reste aux bijoux maniéristes. Somptueux mais sévère, le style espagnol est à l’honneur, et les aristocrates-les dames surtout-sont engoncés dans de luxueuses cuirasses. Les lourds brocarts sont cousus d’une multitude de rosette en pierres précieuses. On porte en outre une grande variété de bijoux. Au cours de la première décennie du XVIIe siècle, l’ambiance change graduellement, pour diverses raisons. En 1624, le cardinal de Richelieu entame sa brillante carrière; le centre de gravité de la politique européenne se déplace vers la France, suscitant un nouvel intérêt pour sa culture et son art de vivre. L’esprit courtois, mais beaucoup plus libre, est empreint d’une galanterie légère. Dans la mode, les corsets font place à des vêtements plus fluides, plus légers, qui laissent davantage de liberté au corps. Le décolleté et les manches bouffantes font leur apparition.

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Gilles Légaré, fleurs, bijouterie xvii ème siècle.

Le bijou suit cette évolution: les tissus ne supportent plus le poids des rangées de rosettes, les broches et pendentifs figuratifs sont remplacés par des parures au dessin symétrique de rinceaux stylisés, imaginées par des créateurs français. Le goût de la nature se reflète dans leurs dessins, inspirés par les hampes florales et les fruits à cosse, tant et si bien que le terme cosse de pois fait son apparition dans la description des parures. La splendeur des pierres de couleur fait place à l’éclat du diamant, d’autant plus que la taille en rose, avec ses nombreuses facettes, commence à remplacer les pierres taillées en table.

La parure de diamant est née, et en l’absence des sculptures miniatures en émail et des pierres de couleur, elle laisse moins de place à la symbolique. Cependant les petites boites à portrait, les croix, les memento mori en bague ou les bijoux de fiançailles restent populaires. La combinaison des diamants et des perles fait merveille, et l’on en fait des broches, des boucles d’oreille et des aigrettes. De nombreuse parures de diamant sont portées avec des colliers et des bracelets de perles.

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Boite à portrait Louis XIV, musée du Louvre.

La nouvelle mode ne supplante pas complètement l’émail, mais celui-ci joue un rôle différent: il orne l’arrière des bijoux qui pendent librement. Il arrive en effet qu’une chaîne, une montre ou un pendentif se retourne au gré des mouvement de la personne qui les porte… En 1630, Jean Toutin (1578-1644) invente à Châteaudun une nouvelle technique, qui permet de donner à l’émail une meilleure adhérence et une plus grande palette de couleurs. Il crée ainsi de petites scènes à thèmes religieux, mythologiques ou champêtres, des portraits miniatures et des emblèmes héraldiques, qui sont des chefs-d’oeuvre de virtuosité.

Vers 1650, quelques allemands- Heinrich Raab, Johannes Hellek et d’autres-publient des dessins de bijoux floraux qui connaissent un grand succès. Raab place des roses, des marguerites ou des tulipes sur un fond noir. Ces bijoux ne comportant pas de pierres de grande taille, les familles royales les portent rarement dans les grandes occasions. Mais ils comptent malgré tout parmi les plus charmantes babioles que la joaillerie de cette époque ait produites. Ils s’inspirent d’un nouvel intérêt pour la flore et l’art des jardins, dont la folie des tulipes, dans les années 1630, est l’exemple le plus connu et le plus excessif: une fable morale sur le thème de l’orgueil et de la chute. C’est également l’époque des inégalables tableaux de fleurs de Jan Bruegel l’ancien et de Daniel Seghers ou encore de Hans Boulengier.

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Heinrich Raab, Victoria and Albert museum.

Vers la fin du siècle, la mode n’est plus aux bijoux semés sur l’ensemble du vêtement mais, en guise de compensation, des pierres plus importantes et plus coûteuse sont placées çà et là. Si les rosettes appartiennent au passé, les broches et les agrafes sont ornées de diamants parfois impressionnante. Vers 1629, les dessins du bijoutier Thomas Cletscher, par ailleurs bourgmestre de La Haye, vont déjà dans ce sens. C’est notamment le cas de deux pendentifs ornés chacun de deux diamants taillés en rose, d’environ 15 carats. Le goût de la parure incite paroisses grands de ce monde à recourir à de petits artifices. Ainsi plusieurs diamants sont parfois insérés dans la même monture pour donner l’impression d’une pierre plus importante. Le 24 mars 1641, le négociant en diamant anversois Gaspar Duarte écrit à Constantin Huygens que Guillaume II d’Orange lui a acheté un bijou de ce genre pour l’offrir à sa jeune épouse , la princesse anglaise Marie Stuart: « les quatre diamants joints ensemble font une parade d’un seul diamant de la valeur d’un million de florins .» Alors que quatre pierres n’avaient couté que quatre-vingt mille florins! On peut supposer que cette technique a servi plus d’une fois…

Outre les thèmes floraux, le bijou est également très inspiré par le noeud, symbole d’attachement et de fidélité. Le noeud de soie usuel est reproduit en métal précieux, avec la plus grande pierre  au centre, et porté en corsage, en fermoir sur un manteau ou en boucles d’oreille. Le noeud sert aussi à couronner une rosette ou un portrait miniature. Il ne quittera plus la scène de la parure classique. Quand vers 1700, la mode est aux cheveux relevé en chignon, l’aigrette revient au goût du jour; elle est empruntée à la mode espagnole du début du XVIIe siècle, quand elle ornait les petits bonnets qui étaient alors de rigueur. 

En 1661, le bijoutier parisien Robert de Berquen accuse, dans son petit livres Merveilles des Indes Occidentales et Orientales,  les dames fortunées de déprécier de beaux diamants qu’elles trouvent démodés en y faisant retailler des facettes. Elles sont jalouses des nouveaux diamants taillés en rose, qui brillent de tous leurs feux dans les fêtes nocturnes et les concerts, à la lueur de centaines de bougies, qui attirent tous les regards sur leurs propriétaires. Ce n’est qu’une toquade, affirme-t-il, cela passera bientôt… Berquen se trompe lourdement, car c’est ainsi qu’est né le brillant, qui est de plus en plus décrit à partir de cette époque. Au XVIIIe siècle, il sera monnaie courante chez les bijoutiers et leurs clients. Vers la fin du XVIIe siècle, les diamants sont de plus en plus souvent montés en argent plutôt qu’en or, partant du principe que l’argent permet de mieux mettre en valeur l’éclat des nouvelles et anciennes tailles.

L’art du bijou est désormais prêt pour la passion inimaginable pour le diamant qui va saisir les cours royales au XVIIIe siècle.

Le 24 décembre 2018

Exposition un rêve d’Italie
La collection du marquis Campana

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Lorenzo Scarabellotto(1796-1851) La galerie des sculptures de la Villa Campana au Latran

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Main de Constantin
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Les terres cuites

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Les bronzes
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Bijoux et monnaies
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Les verres
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Peintures Antiques
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Les sculptures
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Les objets de curiosité
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Les peintures: Uccello La bataille de San Romeno
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Le studiolo d’Urbino
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Les majoliques

Et bien d’autres, je vous invite à aller voir cette fantastique exposition…

Allégorie du printemps - 140 * 87 px

Le musée du Louvre et le musée de l’Ermitage s’associent pour une exposition exceptionnelle sur la très riche collection du marquis Campana, constituée pour l’essentiel entre les années 1830 et les années 1850. Avec cette collection, la plus ambitieuse collection privée du 19e siècle, le marquis Campana entendait donner une image du patrimoine culturel italien, aussi bien antique que moderne. Mais la collection fut saisie au terme d’un procès retentissant pour détournement de fonds qui lui fut intenté en 1857 et vendue par l’État pontifical. Sa dispersion à travers l’Europe a suscité une émotion qui témoigne de son importance dans la conscience culturelle italienne et européenne.

Musée du Louvre, jusqu’au 18 Février 2019
Informations pratiques

Horaires :
Ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf le mardi
Nocturnes jusqu’à 21h45 le mercredi et le vendredi
Nocturne gratuite le premier samedi du mois
de 18h à 21h45 à partir de janvier 2019

EXPOSITION BAGUES D’HOMME

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L’École des Arts Joailliers expose pour la première fois, du 5 octobre au 30 novembre 2018, l’époustouflante collection de bagues d’hommes d’Yves Gastou.
L’exposition met en valeur 500 bagues allant des bagues de doges de Venise du XVIIe siècle à celles des bikers américains des années 1970, des bagues antiques de l’ancienne Égypte aux vanités du XIXe siècle ou des émaux du XVIIIe siècle aux bagues d’artistes contemporains…
Cette volonté de donner à voir le bijou sous toutes ses facettes, de lever le voile sur ces trésors peu connus est au cœur des missions de L’École : «Occultée par l’apparat féminin, la bague masculine retrouve ici toute sa grandeur dans un foisonnement qui parle à l’œil, à l’âme et au cœur.» – Marie Vallanet-Delhom, Présidente de L’École des Arts Joailliers.
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Yves Gastou est une personnalité incontournable de Saint-Germain-des-Prés à Paris, quartier où il vit et exerce son métier d’antiquaire depuis plus de trente ans. Antiquaire défricheur, il sera le premier de sa génération à confronter le mobilier français et italien des années 40-50-70 aux pièces emblématiques du design des années 80, de Sottsass, Mendini, à Kuramata.
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Yves Gastou a constitué cette collection de bagues avec accumulation, frénésie, acharnement et prise de risques, depuis plus de trente ans, au gré à la fois de son parcours habituel de chineur (brocantes, ventes publiques, fonds de stocks de joailliers, fonds d’ateliers), mais également de ses voyages. Yves Gastou est un artiste, sa collection est l’expression de sa créativité.
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Riche de plus de mille bagues, d’époques et d’origines variées, la collection d’Yves Gastou relève d’une démarche qui, pour originale et personnelle qu’elle soit, s’inscrit dans une histoire du collectionnisme, vieille de plusieurs siècles. Avec ses bagues antiques de l’ancienne Égypte, ses bagues de doges du XVIIe siècle ou de bikers américains des années 1970, l’ensemble tient autant du cabinet de curiosités des temps anciens que de la collection moderne.
Au croisement des cabinets anciens et des collections modernes, les bagues d’homme réunies par Yves Gastou montrent que la curiosité n’a rien perdu de son actualité ni de son attrait.
La joaillerie masculine se fait toujours l’écho d’une réalité sociale, politique, économique et artistique. Bien plus qu’un élément de parure, le bijou masculin est à la fois instrument d’affirmation du pouvoir, outil de communication et accessoire de mode.
Les différentes mutations de la société entraînent nécessairement des évolutions quant à l’usage des bijoux masculins et au rapport de l’homme avec la coquetterie.
C’est une collection à nulle autre pareille, car exclusivement vouée aux bagues masculines, que L’École des Arts Joailliers dévoile au public pour la première fois.
Les pièces les plus emblématiques de cette collection seront mises en valeur dans une scénographie imaginée par l’architecte d’intérieur Jérôme Thénot, qui restituera avec talent l’univers gothico-mystique d’Yves Gastou.
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L’ÉCOLE DES ARTS JOAILLIERS
31, rue Danielle Casanova, 75001 Paris
Exposition du 5 octobre au 30 novembre 2018
Entrée libre du lundi au samedi de 12h à 19h
Conférences « Bagues d’homme » : 11 octobre et 15 novembre à 19h30

BALADE AU FIL DE LA SEINE.

Bonjour à tous, je vous invite à découvrir une petite balade au fil de la Seine, idéale pour la saison .Je vous encourage à redécouvrir Paris sous un autre angle.

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Nous commençons par la bastille et son port de plaisance.

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Majestueuse la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

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Surprise sur le chemin et oui nous sommes bien sur les quais de Paris.

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Eux aussi, ils profitent des vues de notre belle capitale.

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L’hôtel Lambert est un hotel particulier situé dans l’ile Saint-Louis. Cet hôtel, dont la façade, la rotonde et le jardin sont parmi les plus remarquables de Paris, a été bâti en 1640 par Louis LeVau qui, âgé de moins de trente ans, y montra ses qualités d’architecte.

Les peintres Charles Le Brun et Eustache Le Sueur travaillèrent cinq ans à décorer l’intérieur. On doit à Le Brun une galerie d’Hercule qui annonce la galerie des glaces de Versailles.

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La conciergerie est un magnifique palais gothique. Du Palais de la Cité médiéval subsistent la salle des Gardes et l’immense salle des Gens d’armes érigées sous Philippe le Bel ainsi que les cuisines édifiées sous Jean le Bon.
Les rois de France délaissent le palais à la fin du XIVe siècle pour s’installer au Louvre et à Vincennes. L’activité judiciaire s’y développe, et des prisons sont aménagées.
La Conciergerie devient un des hauts lieux de détention pendant la Révolution française avec l’installation du tribunal révolutionnaire. Sa prisonnière la plus célèbre est Marie-Antoinette. Une chapelle commémorative est aménagée à l’époque de la Restauration à l’emplacement de sa cellule.

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Le Pont-Neuf est, malgré son nom, le plus ancien pont existant de Paris.Construit à la fin du xvie siècle et terminé au début du xviie, il doit son nom à la nouveauté que constituait à l’époque un pont dénué d’habitations et pourvu de trottoirs protégeant les piétons de la boue et des chevaux. Il est aussi le tout premier pont de pierre de Paris à traverser entièrement la Seine.

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Le plus célèbre locataire du Pont Neuf, la statue équestre d’Henri IV, voir notre article sur l’histoire d’HENRI IV EQUESTRE

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Une petite balade au calme.

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Le musée d’Orsay est inauguré en 1986, situé à l’emplacement du palais d’Orsay, incendié en 1871 pendant la commune de Paris . Il est installé dans l’ancienne gare d’Orsay, construite par Victor Laloux de 1898 à 1900 et réaménagée en musée sur décision du Président de la République Valery Giscard D’Estaing. Ses collections présentent l’art occidental de 1848 à 1914, dans toute sa diversité : peinture, sculpture, arts décoratifs, art graphique, photographie, architecture, etc

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Au fond à droite, nous pouvons admirer la verrière de grand palais. Le « Grand Palais des Beaux-Arts » est édifié à partir de 1897, pour l’exposition universelle prévue du 15 avril au 12 novembre

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Fin de notre petite balade en admirant le pont Alexandre III.  Inauguré pour l’exposition universelle de 1900, le pont était destiné à symboliser l’amitié franco-russe, instaurée par la signature de l’alliance conclue en 1891 entre l’empereur Alexandre III (1845-1894) et le président de la République Sadi Carnot. La première pierre fut posée par le tsar Nicolas II de Russie, l’impératrice Alexandra Fedorovna et le président Félix Faure le 7 octobre 1896.

 

Profitez bien de ce mois d’aout et à très bientôt.

VISITE AU PETIT PALAIS

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Bonjour tout le monde, aujourd’hui  je vais vous présenter le musée du petit palais.

Il présente une très belle collection de peintures, sculptures, mobiliers et objets d’art datant de l’Antiquité jusqu’en 1914.
Parmi ses richesses se distinguent une collection exceptionnelle de vases grecs et un très important ensemble de tableaux flamands et hollandais du XVIIe siècle autour du célèbre Autoportrait au chien de Rembrandt. Sa magnifique collection de tableaux français des XVIIIe et XIXe siècles compte des oeuvres majeures de : Fragonard, Greuze, David, Géricault, Delacroix, Courbet, Pissarro, Monet, Renoir, Sisley, Cézanne et Vuillard.Dans le domaine de la sculpture, le musée s’enorgueillit de très beaux fonds Carpeaux, Carries et Dalou. La collection d’art décoratif est par¬ticulièrement riche pour la Renaissance et pour la période 1900, qu’il s’agisse de verreries de Gallé, de bijoux de Fouquet et Lalique, ou de la salle à manger conçue par Guimard pour son hôtel particulier. Le musée possède enfin un très beau cabinet d’arts graphiques avec, notamment, les séries complètes des gravures de Dürer, Rembrandt, Callot … et un rare fond de dessins nordiques.

 

Construit pour l’Exposition universelle de 1900, le bâtiment du Petit Palais, chef d’oeuvre de l’architecte Charles Girault, est devenu en 1902 le Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris.

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Alors que les travaux de rénovation portant sur la Bibliothèque nationale de France obligent l’institution à déménager temporairement une partie de ses collections et à fermer son musée, le département des monnaies, médailles et antiques prête au Petit Palais quatre chefs-d’œuvre de l’ébénisterie des XVIIIe et XIXe siècles, alors venez les admirer.

Nous voici dans la première salle du mobiliers et objets d’art du XVIIIe siècle . A votre droite vous pouvez admirer le médailler de l’ébéniste Charles Cressent, réalisé vers 1740 pour le duc Louis d’Orléans, fils du Régent.

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Deux médailliers à décor de laque de Chine dont l’un décoré de marqueterie Boulle, et commandés dans les années 1720-1730 par l’érudit Joseph Pellerin.

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Magnifique ensemble de mobiliers d’époque Louis XVI (voir notre paire de fauteuils de Dupain et notre table tricoteuse attribuée à Weiweiller ).

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En sortant des salles du XVIIIe siècle, admirons ce majestueux escalier chef-d’oeuvre de la ferronnerie française.

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Découvrons entre autres cette magnifique vitrine du XIXe siècle.

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Salle dédiée à l’art décoratif du XXe siècle ( voir DECORCHEMONT, MAITRE VERRIER ).

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Magnifique collection de vases grecs.

 

Après avoir admiré toutes ces beautés, moment de pure détente en plein coeur de Paris au calme.

Petit Palais Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill, 75008

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h15 et évacuation des salles à partir de 17h45)

Fermé le 1er janvier, 1er mai, 14 juillet et 25 décembre.

Nocturne le vendredi jusqu’à 21h (uniquement pour les expositions temporaires – fermeture des caisses à 20h15 et évacuation des salles à partir de 20h45)

 

 

 

Bonjour chers amis, je vous invite tous à aller voir la superbe exposition à la Frick Collection à New York.

LES PREMIERES ANNEES 1720-25.

Lorsque la manufacture Du Paquier commença à produire, vers 1719, la Manufacture Royale de Porcelaine de Meissen, en activité depuis près d’une décennie, exerça une forte influence car des flacons sont issus d’un modèle créé à Meissen en 1711. Les versions viennoises – décorées de portraits de profil du couple impérial, l’empereur Charles VI et son épouse Elisabeth Christine – sont devenues les flacons les plus courants de Du Paquier et étaient un cadeau diplomatique populaire. La boîte à sucre ovale correspond également à un modèle standard de Meissen. De même, la petite coupe recouverte  est identique à celle produite régulièrement à Meissen. La coupe, qui aurait pu être faite dans l’une ou l’autre usine, a été décorée à Vienne par un artiste inconnu qui s’est spécialisé dans la décoration monochrome noire connue sous le nom de Schwarzlot .

Vers 1725, la manufacture réalise une garniture en cinq pièces de vases à tulipes (seulement quatre ont survécu ) avec des inscriptions qui proclament les réalisations de la manufacture. Bien que les formes des vases soient inspirées de Delftware – une poterie typiquement bleue et blanche fabriquée aux Pays-Bas et adaptée de la porcelaine chinoise – les messages audacieux déclarent la supériorité de la porcelaine de Vienne sur la porcelaine chinoise.

Au cours de ces premières années, la manufacture Du Paquier ne se concentre pas sur la création de nouvelles formes mais sur le développement d’une riche palette de couleurs, d’abord le bleu sous glaçure puis la décoration monochrome en violet, rouge fer et noir et enfin brun. jaune, bleu et plusieurs nuances de vert. L’expérimentation de ces premières années et l’influence d’artistes porcelainiers non-viennois et itinérants ont donné lieu à une grande variété de décorations peintes.

Théière en porcelaine avec couvercle et bec en métal doré, décorée de scènes en mauve

  • paire de flacons en porcelaine avec profil mâle image sur un, et profil femelle sur l'autre
  • Boîte à sucre en porcelaine avec couvercle décorée de fleurs rouges et violettes
     Collection Melinda et Paul Sullivan.

     

    L’INSPIRATION ASIATIQUE.

    La passion de l’Europe du XVIIIe siècle pour les produits asiatiques a conduit à l’importation de la porcelaine, de la laque, de la soie et du papier peint et à une forte influence de l’Asie de l’Est sur les manufactures européennes. Là où Meissen reproduisait fidèlement les formes et la décoration asiatiques, Du Paquier était plus novateur.

    La soupière ronde est issue de prototypes chinois mais présente des poignées et des fleurons «européanisés». La décoration s’inspire des couleurs chinoises de la famille verte, et le motif de la bombe fleurie s’inspire des éléments de Kakiemon, un type de porcelaine émaillée de glaçure japonaise. En effet, les importations en Europe de laques, de textiles et de porcelaines japonaises ont également marqué Du Paquier. La vaisselle japonaise Imari, avec ses motifs floraux étendus peints en bleu radiant, en fer rouge et en or, était admirée à Vienne. Des imitations apparaissent sur de nombreuses pièces, comme sur la petite soupière , ainsi que sur les plats dont la forme en éventail s’inspire également de la porcelaine japonaise.

    Les variations sur les motifs chinois ont également joué un rôle important dans la décoration de la porcelaine Du Paquier. Le grand plateau , qui fait probablement partie d’un service de thé manquant, est inspiré de la porcelaine chinoise décorée de petits garçons en train de jouer.

    La manufacture Du Paquier trouve également son inspiration dans les précédents européens, notamment les scènes de chinoiserie développées à Meissen par Johann Gregor Höroldt, un jeune artiste qui débute sa carrière à la manufacture Du Paquier mais quitte en 1720 pour se faire connaître en Saxe. Là, il a développé le style distinctif de Meissen, y compris des scènes miniatures colorées – dépeignant la vie en Chine comme imaginé par les Européens, tous placés dans des réserves et encadrés avec de beaux ornements.

    • Manufacture Du Paquier
      Cafetière , ca. 1725-30
      Porcelaine dure
      8 × 7 1/2 po (20,3 × 19,1 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • soupière en porcelaine avec couvercle et poignées et plat, décorée de fleurs et de motifs

      Manufacture Du Paquier
      Soupière et support , ca. 1725
      Porcelaine dure
      Soupière (avec couvercle et anses): 7 7/8 × 10 1/2 × 8 in. (20 × 26.7 × 20.3 cm)
      Stand: diam. 10 5/8 po (27 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • boîte en porcelaine avec couvercle, avec scène représentant trois chevaliers et grand oiseau

      Manufacture Du Paquier
      Boîte à tabac , ca. 1730
      Porcelaine dure
      6 3/4 × 4 7/8 × 3 7/8 po (17,1 × 12,4 × 9,8 cm)
      La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

    • soupière en porcelaine avec couvercle et anguilles ou poissons comme poignées

      Manufacture Du Paquier
      Soupière , ca. 1730-1735
      Porcelaine dure
      6 7/8 × 12 1/8 × 7 1/8 po (17,5 × 30,8 × 18,1 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • Manufacture Du Paquier
      Tankard , ca. 1730
      Porcelaine dure
      6 1/2 x 7 1/2 po (16,5 x 19,1 cm); diam. 5 1/4 po (13,3 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • Manufacture Du Paquier
      Plat de service, ca. 1730
      Porcelaine dure
      Diam. 8 7/8 po (22,5 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • deux plats en porcelaine en forme de ventilateurs

      Manufacture Du Paquier
      Deux plats en forme d’éventail , ca. 1735-1740
      Porcelaine dure
      Un plat: 2 1/8 × 11 1/8 × 8 1/8 po (5,4 × 28,3 × 20,6 cm)
      L’autre: 2 1/4 × 11 × 7 7/8 po (5,7 × 28 × 20 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • grand plateau en porcelaine décoré de scènes d'oiseaux et d'hommes les attrapant

      Manufacture Du Paquier
      Plateau pour service à thé , ca. 1735
      Porcelaine dure
      16 7/8 × 13 po. (42,9 × 33 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

      Chope en porcelaine avec couvercle et fond en argent doré et scène illustrée avec deux personnages

     

    DISTINCTIONS DE LA MANUFACTURE DU PAQUIER

    Tandis que la manufacture Du Paquier s’inspirait souvent de Meissen et de l’Asie de l’Est, elle développait également ses propres styles décoratifs, formes et techniques. Une caractéristique de la manufacture est ses poignées, boutons et épis ludiques en forme d’animaux – panthères, salamandres, poissons – ou de petites figurines. L’une des inventions les plus charmantes est un tankard en forme de tonneau avec une poignée en forme de tonnelier, un fabricant de tonneaux. La manufacture maîtrisait également la technique exigeante du perçage de la porcelaine, vue sur une cassolette et sur un panier de citron . La conception, qui imite les paniers d’argent percés, est d’origine chinoise, comme c’est la technique.

    Peut-être l’élément le plus caractéristique de la porcelaine Du Paquier est sa décoration peinte brillante dans une palette dominée par riche pourpre et rose, rouge de fer, violet, bleu, jaune, brun, noir et plusieurs nuances de vert. La peinture monochrome était également populaire, surtout dans le Schwarzlot (noir monochrome), qui reflétait le goût viennois de la grandeur austère.

    La manufacture s’est encore distinguée par des peintures de fleurs naturalistes aux couleurs exubérantes comme, par exemple, sur le bol olio , la paire de béchers en chocolat , le bol à légumes et la chope . Les roses, les pivoines, les renoncules et les roses trémières ont remplacé la flore stylisée des prototypes asiatiques, montrant la confiance artistique des peintres qui ont créé directement de la nature. Les fleurs luxuriantes étaient souvent combinées avec des fruits et de petites créatures, une approche qui reflétait la fascination contemporaine pour la science et la botanique.

    La signature de la porcelaine Du Paquier, cependant, était probablement les motifs richement ornementaux qui ressemblent à des mosaïques, connu sous le nom Laub- und Bandelwerk. Ce motif décoratif, constitué de rangements symétriques et disposés en lanières, de panneaux de treillis, de palmettes et de feuillages stylisés, offrait des possibilités infinies lorsqu’il était utilisé comme bordure, cadre ou thème principal, comme sur le service à thé , la cloche et le support .

    • grande fontaine en porcelaine décorée de personnages masculins chevauchant des dragons, et scène peinte comprenant le bâtiment et le bateau sur la rivière

      Manufacture Du Paquier
      Fontaine d’eau chaude , ca. 1725
      Porcelaine dure
      16 3/4 × 6 × 6 pouces (42,5 × 15,2 × 15,2 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • cassolette en porcelaine, ou petit outil de cuisine avec poignée et côtés perforés en forme de coeur

      Manufacture Du Paquier
      Cassolette , ca. 1725
      Porcelaine dure
      3 5/8 × 8 po (9,2 × 20,3 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • pichet en porcelaine colorée rehaussé d'une poignée léopard, un visage masculin à l'avant, un poulet au sommet et scène de sirènes, éventuellement

      Manufacture Du Paquier
      Aiguière , ca. 1725-30
      Porcelaine dure
      H. 8 5/8 po (21,9 cm)
      La collection Frick: cadeau de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

    • chope en porcelaine décorée avec scène d'une femme assise et d'un homme sous un arbre. L'homme porte une robe et des raisins sur la tête.

      Manufacture Du Paquier
      Tankard , ca. 1725-30
      Porcelaine dure
      5 7/8 x 6 7/8 pouces (14,9 x 17,5 cm); diam. 5 1/8 po (13 cm)
      La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

    • chope en porcelaine avec un homme avec un chapeau comme une poignée

      Manufacture Du Paquier
      Tankard , ca. 1730-1735
      Porcelaine dure
      Avec poignée: 7 1/2 × 7 1/4 po (19,1 × 18,4 cm)
      La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

    • deux béchers en porcelaine avec deux poignées décorées de fleurs

      Manufacture Du Paquier
      Paire de béchers au chocolat , ca. 1730
      Porcelaine dure
      Un bécher: 3 × 4 1/8 in. (7.6 × 10.5 cm)
      L’autre: 2 7/8 × 4 in. (7.3 × 10.2 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • grand bol en porcelaine avec des poignées de chaque côté, décoré avec des fleurs

      Manufacture Du Paquier
      Olio Bowl (manque sa couverture), 1730-1735
      Porcelaine dure
      4 1/4 x 7 1/4 po (10,8 x 18,4 cm); diam. 4 5/8 po (11,7 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • Main en porcelaine avec support, décorée de motifs et de fleurs

      Manufacture Du Paquier
      Table Bell et support , ca. 1730
      Porcelaine dure et fleuron en métal doré
      Cloche: H. 4 7/8 pouces (12,5 cm); diam. 4 1/2 po (11,3 cm)
      Stand: 1 1/8 × 6 1/2 × 5 5/8 po (2,9 × 16,5 × 14,3 cm)
      Total: H. 5 5/8 po (14,3 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • corbeille oblongue en porcelaine à côtés perforés et base en vermeil

      Manufacture Du Paquier
      Corbeille de citron , ca. 1730-1735
      Porcelaine dure et base en vermeil
      3 3/4 × 8 7/8 × 6 3/4 po (9,5 × 22,5 × 17,1 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • théière en porcelaine, tasse et soucoupe, décorée de motifs rouges

      Manufacture Du Paquier
      Théière, bol à thé et soucoupe , env. 1730
      Chaîne en porcelaine dure et argent
      Théière: 3 1/8 × 5 1/2 po (7,9 × 14 cm)
      Bol à thé: H. 1 5/8 po (4,2 cm); diam. 3 3/8 po (8,6 cm)
      Soucoupe: H. 1/2 po (1,4 cm); diam. 4 3/4 po (12,1 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

    • Bol en porcelaine décoré de fruits et de fleurs

      Manufacture Du Paquier
      Slop Bowl , ca. 1735
      Porcelaine dure
      H. 3 pouces (7,6 cm); diam. 7 7/8 po (20 cm)
      Collection Melinda et Paul Sullivan

      DANS LES COURS D’EUROPE.

      À mesure que la renommée de la manufacture Du Paquier se développait, les commissions provenaient des capitales de toute l’Europe. L’empereur Charles VI et sa cour ont également utilisé les objets précieux comme cadeaux diplomatiques pour leurs homologues dans les pays étrangers. En 1726, le Saint Empire romain germanique et la Russie ont signé un traité de défense mutuelle contre l’Empire ottoman et sont devenus par la suite des alliés pendant la Guerre de Succession de Pologne (1733-1735). Pour renforcer cette alliance, Charles VI semble avoir envoyé à Anna Ivanovna, impératrice de Russie, un service de la manufacture Du Paquier, composé d’une quarantaine de soupières, dont une soupière dans l’exposition. La plupart des autres sont au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg.

      Le Saint Empire romain a également eu des liens étroits avec l’Espagne. Une applique murale commémore le deuxième traité de Vienne entre l’Autriche et l’Espagne, signé à Vienne le 22 juillet 1731, par le diplomate espagnol Don José Patiño y Rosales, dont les armoiries sont peintes au centre. L’année suivante, lorsque Charles VI investit le Milanais Antonio Tolomeo de Galli Trivulzio, Prince de Musocco et gouverneur militaire de Lodi, avec l’Ordre de la Toison d’Or, Trivulzio peut avoir commandé ou reçu un superbe service de chasse Du Paquier qui comprenait deux chargeurs (voir ici et ici ) peints dans le célèbre noir monochrome de la manufacture.

      Plusieurs ecclésiastiques des hautes sphères de l’Église catholique ont personnalisé la porcelaine Du Paquier avec leurs armoiries. Le cardinal Fabio degli Abbati Olivieri, assistant du Vatican auprès de son cousin, le cardinal Giovanni Francesco Albani (le futur pape Clément XI), possédait un service de thé composé des deux coupeuses de trembleuse et d’un bol à salade.L’archevêque Imre Esterházy de Galántha, Primat de Hongrie et mécène, a probablement commandé les deux vases en pot-pourri avec ses armoiries. Ces objets témoignent de la relation importante entre Charles VI et l’élite ecclésiastique de l’Église catholique.

      • Applique murale en porcelaine ornée d'armoiries et de deux anges tenant une couronne

        Manufacture Du Paquier
        Applique murale , ca. 1732
        Porcelaine dure
        16 × 12 po (40,6 × 30,5 cm)
        Collection Melinda et Paul Sullivan

      • tasse en porcelaine sur soucoupe décorée de blason

        Manufacture Du Paquier
        Deux coupes de Trembleuse et un bol à salade avec les armoiries du cardinal Fabio degli Abbati Olivieri , ca. 1735
        Porcelaine dure
        Soucoupes: 1 5/8 × 7 7/8 × 6 po (4,1 × 20 × 15,2 cm)
        Béchers (avec poignées): 3 3/8 × 4 1/8 in. (8.6 × 10.5 cm)
        Bol: H. 3 3/8 po (8,6 cm); diam. 8 3/4 po (22,2 cm)
        La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

      • soupière en porcelaine avec couvercle couvert, décorée de blasons et de fleurs

        Manufacture Du Paquier
        Soupière du service pour la tsarine Anna Ivanovna , ca. 1735
        Porcelaine dure
        9 1/8 x 14 3/8 pouces (23,2 x 36,5 cm); diam. 11 3/8 po (28,9 cm)
        La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

      • assiette en porcelaine avec scène de jeune homme nu avec un arc, et cerf autour de lui

        Manufacture Du Paquier
        Chargeur du service Trivulzio , ca. 1735
        Porcelaine dure
        Diam. 14 1/2 po (36,8 cm)
        La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

      • Plat en porcelaine représentant la scène de deux jeunes nus ou chérubins portant des moutons

        Manufacture Du Paquier
        Chargeur du service Trivulzio ca. 1735
        Porcelaine dure
        Diam. 14 5/8 po (37,1 cm)
        La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

      • cafetière en porcelaine ou pichet avec cerf illustré

        Manufacture Du Paquier
        Cafetière ou cruche , ca. 1735-1740
        Porcelaine dure
        9 × 8 × 5 1/2 po (22,9 × 20,3 × 14 cm)
        Collection Melinda et Paul Sullivan

        deux vases pot-pourri ornés de dragons et de blasons

        Manufacture Du Paquier
        Deux vases Pot-Pourri avec les armoiries de l’Archevêque Imre Esterházy de Galántha , v.1735
        Porcelaine dure
        Un vase: 9 5/8 × 7 1/8 × 3 7/8 po (24,4 × 18,1 × 9,8 cm)
        L’autre: 9 1/2 × 7 1/8 × 3 7/8 po (24,1 × 18,1 × 9,8 cm)
        La collection Frick Don de la collection Melinda et Paul Sullivan, 2016

 

VISITE AU MUSEE D’ENNERY

Bonjour tout le monde, aujourd’hui  je vais vous présenter le musée d’Ennery.

Le musée d’Ennery est situé au 59 de l’avenue Foch, anciennement avenue du Bois de Boulogne, constitue en lui-même le lieu d’une déclinaison spécifique de ce goût pour l’Extrême-Orient tel qu’il se manifeste en Europe au cours du dernier tiers du xixe siècle.

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L’esprit de collection

La personnalité des premiers propriétaires des lieux, qui furent aussi ceux qui réunirent cet ensemble d’objets, apparaît ainsi comme un élément essentiel à la compréhension de cette histoire. Préserver l’esprit dans lequel ces œuvres furent non seulement réunies mais également exposées, au fil des pièces de cet hôtel particulier, apparaît comme une clé essentielle pour une juste restitution d’un moment spécifique de l’histoire du goût et de la connaissance.

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Façade sur jardin.

Adolphe Philippe d’Ennery (1811-1899), journaliste, mais surtout dramaturge renommé et romancier, fut l’auteur d’une production littéraire considérable, dont une petite part seulement passa à la postérité. La collection extrême-orientale doit, elle, son existence à la perspicacité et à la passion de son épouse, Clémence d’Ennery, pour les arts de la Chine et du Japon, manifestées dès avant son mariage – qui eut lieu en 1881 dans l’hôtel particulier de l’avenue du Bois – à travers le prisme d’un goût prononcé pour le fantastique et s’insérant, plus largement, au cœur du développement contemporain du japonisme. Si la collection donne aujourd’hui l’exacte mesure de cette orientation particulière, des témoignages littéraires relèvent dès 1859 la singularité des prémisses de cet ensemble, alors réunis chez Clémence Desgranges, rue de l’Échiquier, et qualifiés de « ménagerie de la fantaisie », en retenant alors davantage la dimension iconographique et fantasmagorique, que le réel intérêt artistique.

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Des la première salle, nous pouvons voir la quantité impressionnante des objets, dans cette vitrine les animaux en bleu de Chine.

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Dans une vitrine chat en porcelaine du Japon XVIII ème siècle voir « CHAT ENDORMI« .

Une conscience patrimoniale : la donation à l’État

À ce premier noyau, dont une part provenait de la famille de Clémence et avait donc été acquise en France bien avant l’éclosion du japonisme (il s’agit notamment de boîtes en laque du Japon et de porcelaines bleu-et-blanc), vinrent s’adjoindre des acquisitions régulières effectuées jusqu’à la fin du xixe siècle chez les grands marchands parisiens alors pourvoyeurs d’objets d’art chinois et japonais. Les inventaires mentionnent ainsi les noms de collectionneurs tels T. Hayashi, S. Bing, C. Langweill, A. Sichel, les frères Pohl, mais aussi de magasins plus éclectiques tels La Porte chinoise ou Le Bon Marché. Ils permettent ainsi d’affirmer que la collection de Clémence d’Ennery puisa aux mêmes sources que celles de grands collectionneurs contemporains, tel Philippe Burty. Sur les quelque 6 300 œuvres qui constituent la collection au moment de sa donation à l’État, plus de la moitié fut achetée entre 1890 et 1898, cette intensification des acquisitions s’expliquant par le projet d’une donation à l’État, formé par Clémence d’Ennery dès 1890.

Musée d’Ennery 
59, avenue Foch, 75116 Paris
Information réservation : 01 56 52 54 33

suite à venir

 

HISTOIRE MARCHANDS MERCIERS

2ème PARTIE

La rue de prédilection des merciers parisiens spécialisés dans ce commerce est la rue Saint-Honoré. Fidèles à la tradition médiévale, ils avoisinent Saint-Germain l’Auxerrois. Rue Saint-Honoré même, sont situés les magasins d’Hébert, de Poirierqui aura pour successeurs, au même emplacement, Daguerre, puis Lignereux de Dulac, de Julliot, de Lebrun, de Tuard. Lazare Duvaux est installé non loin de là, rue de la Monnaie (dite de la Vieille Monnaie après la construction du nouveau bâtiment du quai de Conti) ; c’est également dans cette rue que les Darnault tiennent leur magasin. Bazin est établi rue du Roule et rue des Fossés-Saint-Germain, et Boileau sur le quai de la Mégisserie ; Gersaint, plus éloigné, ne fait, lui aussi, que suivre une ancienne tradition en logeant sur le pont Notre-Dame. Un nouveau venu comme Grancher s’installera sur la rive gauche, à l’autre bout du Pont-Neuf, sur le quai Conti. Les uns et les autres se trouvent d’ailleurs tous voisins de certains de leurs principaux fabricants, les orfèvres-bijoutiers, pour la plupart installés dans l’île, place Dauphine, quai des Orfèvres et quai des Lunettes ou des Morfondus. Le quartier Saint-Honoré, autour de la Croix du Trahoir, est si bien celui de la « curiosité » et de l’objet d’art que la manufacture de Sèvres n’en cherche pas d’autre lorsqu’elle veut ouvrir un magasin à Paris et choisit la rue de la Monnaie . De même, quand certains fabricants de meubles du faubourg Saint-Antoine quittent l’établi d’ébéniste pour se livrer au commerce du meuble, ils déménagent et viennent s’installer dans ce quartier, tels René Dubois ou Pierre Roussel le Jeune. Dans ces rues étroites, dont certaines aujourd’hui, malgré le percement de la rue de Rivoli, la construction des magasins de la Samaritaine et le développement des Halles, ont conservé nombre de façades et de balcons du 18e siècle, il faut imaginer leurs enseignes : A la Couronne ďor (Poirier-Daguerre), Au roi des Indes (Lebrun), Au château de Bellevue (Tuard), Au Roy ď Espagne (Darnault) ou, plus loin, A la pagode (Gersaint),imgres-1

Au petit Dunkerque (Grancher)

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Quelques « adresses » imprimées ou gravées donnent un aperçu de ce que la clientèle élégante, les gens à la mode ou les collectionneurs viennent chercher, au 18e siècle, dans ce coin de Paris. Voici celle de Gersaint, dont une première « enseigne », Au Grand Monarque, peinte par Watteau « d’après nature », eut la renommée que l’on sait : « A la pagode, Gersaint, marchand jouaillier sur le pont Notre-Dame, vend toute sorte de qinquaillerie nouvelle et de goût, bijoux  » BAGUE REGENCE SAPHIR », glaces, tableaux de cabinet, pagodes, vernis et porcelaines du Japon, coquillages et autres morceaux d’histoire naturelle, cailloux, agates, et généralement toutes marchandises curieuses et étrangères. A Paris. 1740,  les Darnault ont établi deux rédactions : l’une sous forme d’une longue énumération, qui se retrouve collée au revers de certains meubles vendus par eux ; l’autre, plus abrégée, dont ils ont fait l’en-tête de leurs factures et que voici : « Darnault père et fils, marchands et miroitiers ordinaires du Roy en ses Menus Plaisirs, tiennent magazin de glaces, feux, bras « CHINOISERIE », ébénisteries, porcelaines, pendules, bronzes et bijoux. Au Roy d’Espagne, rue de la Monnoye, à Paris. 8 » Grancher n’oublie pas son origine dunkerquoise qui peut lui servir auprès de sa clientèle anglaise : « Granchez, tenant le grand et beau Magazin Français et Anglais, à la Perle d’Orient à Dunkerque, et à Paris quai de Conty au petit Dunkerque, tient en bijouterie et quinquaillerie ce que l’art produit de plus nouveau et vend sans surfaire en gros et en détail. En rapprochant les textes de statuts, les classes dénombrées par Savary et même ces quelques « adresses », des renseignements tirés des ventes faites par les merciers, il est possible de préciser quelque peu le travail qui leur était propre. Courajod avait cru pouvoir discerner en Lazare Duvaux un fabricant. Nous ne le pensons pas. Qu’on n’imagine pas cependant les grands merciers parisiens du 18e siècle comme de simples importateurs. Certes, ils demeurent des intermédiaires, des marchands au sens propre du terme. Mais, sachant flairer ou provoquer les tendances du moment, ils sont devenus des incitateurs, des entraîneurs, renouvelant l’intérêt, accélérant même l’évolution des styles, tenant habilement leur la clientèle en haleine. Plus que d’adroits commerçants, ils sont des créateurs  » voir MAGOTS VILLEROY MENNECY « , car ils savent, par de flatteuses transformations, accroître la valeur des objets qu’ils importent et qu’ils achètent ; ils en font des objets d’art qui s’accordent parfaitement avec l’esprit de leur temps. Leur « art » est aussi persuasif auprès de leur clientèle que peut l’être leur talent de vendeurs. C’est là que réside l’originalité de leur travail, leur œuvre véritable. Il est juste d’ajouter que, sans l’énorme impulsion donnée à l’art décoratif parisien par l’époque de Louis XIV, le rôle des merciers au 18e siècle n’eût certainement pas connu la même ampleur. Dans toute importation, il y a choix. Ce ne sont pas les œuvres des hautes époques, les bronzes chinois, les céramiques Tang, qu’ils introduisent en France, mais la production fleurie, pittoresque, aimable de Kang-hi ou de Kien long, l’empereur contemporain. Les figures peintes sur les vases de porcelaine, sur les panneaux de laque, sur les rouleaux de soie ou de papier doivent représenter des personnages menant une vie élégante, toute de promenade et de grâce, qu’un Boucher ou un Huet, en les recopiant, n’auront qu’à légèrement transposer pour en faire les frères de la bonne société parisienne. Les « pagodes » figureront de préférence d’aimables et curieux vieillards, ventrus et rieurs. Les pierres de lard, les coraux sculptés sont pleins des contorsions du rocaille, comme les coquillages que recherchent bien des amateurs passionnés de conchyologie. Le choix est si manifeste que la Chine doit même, pour exporter, plier son art au goût que cherche chez elle notre clientèle ; les porcelaines dites de la Compagnie des Indes reproduisent des formes et des décors empruntés aux faïences de Rouen et bientôt aux porcelaines de Sèvres. Le succès des porcelaines de Saxe, qu’importent en masse nos marchands dans la première moitié du règne de Louis XV, est du même ordre. Meissen a compris l’engouement de l’époque pour les fleurs, les dragons, les rocailles. La société française se mire dans les groupes venus d’Allemagne, dames en crinoline, scènes galantes, sujets de théâtre, cris de Paris, etc.

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LE COMMERCE DES OBJETS D’ART ET LES MARCHANDS MERCIERS

à Paris au XVIII ème siècle

1er partie

Lorsque Louis Courajod publia en 1873 le Livre-journal de Lazare Duvaux, il fournit aux historiens des arts décoratifs, par sa magistrale introduction et surtout par l’édition des registres du grand marchand mercier, un document capital. Peu après, René de Lespinasse ajoutait des textes de première importance en réunissant, dans la collection verte de la Ville de Paris, les statuts, règlements ou arrêts sur lesquels s’appuyait au 18e siècle le Corps des Merciers parisiens, auquel appartenait Duvaux. Les papiers du Garde-Meuble de la Couronne et ceux des comtes de Provence et d’Artois aux Archives Nationales, de Mme du Barry aux manuscrits de la Bibliothèque Nationale, des princes de Condé à Chantilly, les registres de vente de la manufacture de Sèvres, quelques catalogues de ventes du 18e siècle peuvent apporter encore sur ce sujet nombre de renseignements, pour la plupart inédits ou peu connus. Une série d’études s’imposerait, qui puiserait à chacune de ces sources des informations intéressantes sur les métiers d’art, les techniques et la société française de cette époque. Nous présenterons, tirées de notes nullement exhaustives il s’en faut, quelques remarques sur ce Corps, qui nous semble avoir eu dans le développement de l’art décoratif à Paris un rôle essentiel au point que nous serions tenté de dénommer certains de ses membres marchands d’objets d’art. Par un pléonasme, qui paraît presque volontaire, ils s’appelaient marchands-merciers, mercatores-mercatores. Ils constituaient, on le sait, à Paris, le troisième des Six-Corps de la Ville, où on le regardait « comme le plus puissant, le plus nombreux et dont le commerce est le plus étendu ». Ce Corps, précise Savary, « est considéré comme le plus noble et le plus excellent de tous les Corps des Marchands, d’autant que ceux qui le composent ne travaillent point et ne font aucun ouvrage de la main, si ce n’est pour enjoliver les choses qui se sont déjà faites et fabriquées… ». Ce qui explique la formule lapidaire, qu’on ne lit pas sans surprise dans l’ Encyclopédie : « mercier…, marchand de tout et faiseur de rien ».

Leur rôle était en apparence tout de négoce ; ce qui n’excluait, nous le verrons plus loin, ni l’invention, ni la création artistique. Ils importaient ou faisaient travailler à leur profit d’autres corporations. N’ œuvrant pas eux-mêmes de leurs mains, ils n’étaient pas obligés, comme les autres Corps, les orfèvres ou les drapiers par exemple, à « faire chef-d’œuvre ». Ils en tiraient orgueil. Ainsi que l’а noté Emile Coornaert, « les gens de marchandise traitent de haut les mécaniques ».

Le moyen âge avait montré leur importance, la diversité de leurs origines, bourgeois de Paris aussi bien que Brabançons ou Oultremontains, l’éclectisme et l’étendue de leur commerce. Ils vendaient alors principalement des tissus, dont beaucoup venaient de Lucques, de Venise et de Gênes, d’Arras, d’Angleterre, d’Irlande ou d’Allemagne, mais aussi des « pignes de boys » de Limoges ou les productions de l’« œuvre de forge de Thoulouze ». Charles IX, en soustrayant la visite de leurs marchandises aux jurés des divers métiers que celles-ci concernaient normalement, définit, en 1570, les grandes lignes de leur activité : « marchand grossiers, merciers et joailliers, de manière que sous cet état de grossier ont été compris de tout temps les marchands de drap d’or, d’argent, de soie…., tapisseries, joailleries, épiceries, merceries, cuivres de forges, fil de soie, quinqualleries, et autres semblables, auxquels il n’est permis de faire manufacture quelconque, mais seulement de vendre, acheter, étaler, parer et enjoliver de toutes espèces de marchandises ». L’activité des merciers du 18e siècle est comme annoncée et résumée dans ce texte. Henri IV, Louis XIII et Louis XIV confirment les statuts et privilèges des merciers parisiens. La puissance de ce Corps s’affirme dans les nombreux procès qu’il soutient et qui, dans la seconde moitié du 17e siècle, l’opposent, presque toujours victorieusement, aux charrons-carrossiers, menuisiers, tailleurs, plombiers, cloutiers, éventaillistes, pelletiers, papetiers, peaussiers, tabletiers, tapissiers. Les arrêts rendus par le Parlement ont pour principal objet d’assurer aux merciers, dans l’extraordinaire étendue de leur commerce, la liberté de vendre à Paris les ouvrages de tel ou tel métier, à charge pour les merciers de « les acheter et faire faire en cette ville et faubourgs par les maîtres dudit métier, sans qu’ils en puissent faire eux mêmes, ni en faire faire par aucuns compagnons ». 

Les statuts des merciers de Paris au 18e siècle sont connus par les belles rééditions qu’ordonnèrent les gardes de ce Corps, outre les commentaires qu’en fournit Savary. Bornons-nous à résumer ici ce qui concerne le cadre du métier. Il fallait, pour devenir mercier, « être né Français, avoir fait apprentissage pendant trois ans et servi les Marchands durant trois autres années en qualité de Garçon ». Il fallait également avoir payé les droits, qui se montaient à un millier de livres. La direction du métier était assurée par sept gardes, dont un grand-garde. Chaque année, au mois de juillet, les anciens, c’est-à-dire ceux qui étaient passés par la « garderie », et quatre-vingts autres marchands, qui étaient désignés à tour de rôle et ne pouvaient se récuser sous peine d’amende, élisaient le grand-garde et deux nouveaux gardes. La charge de grand-garde était donc annuelle ; celle de garde triennale. Nul ne pouvait se soustraire à ces honneurs, à moins d’être septuagénaire ou d’avoir « quelque autre excuse légitime qui puisse donner lieu à ladite décharge ». Les gardes, qui présidaient aux admissions dans le Corps et qui veillaient à défendre les intérêts de la communauté, avaient pour principale obligation la visite des marchandises. Ils se réunissaient au Bureau des Merciers, rue Quincampoix .

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Rue Quincampoix de nos jours.

Les merciers payaient chacun 12 livres par an pour le droit de visite, plus 9 livres pour la visite des poids et mesures. Ces visites n’étaient pas limitées aux seuls merciers ; deux arrêts du Parlement, en octobre 1741 et janvier 1742, les avaient étendues aux marchandises destinées aux foires de Saint- Germain et de Saint-Denis .

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Foire Saint-Germain en 1670

Le rétablissement des corporations, en 1776, après la suppression qu’en avait éditée Turgot, maintint les Six-Corps et plaça les merciers et drapiers au premier rang, avec un droit de 1 000 livres pour l’acquisition de la maîtrise.

A côté de la corporation, prenait naturellement place la confrérie. Très anciennement fondée dans l’église du Saint-Sépulcre (entre la rue Saint-Denis et la rue Quincampoix), elle fut longtemps établie dans une chapelle de cette église dédiée au Saint- Voult de Lucques, comme pour rappeler sous ce vocable célèbre les origines transmontanes de nombreuses marchandises importées par les merciers ; le mauvais état de la chapelle avait forcé la confrérie à se transporter, à l’époque de Louis XIV, au maître-autel de l’église, moyennant une redevance annuelle de 250 livre aux chanoines du Saint-Sépulcre. Ce rappel du commerce exercé par les merciers avec les pays étrangers se retrouve dans leurs armoiries. Celles-ci, comme celles des Six-Corps parisiens à l’exception des orfèvres, étaient composées de « trois vaisseaux équipés et les voiles enflées d’argent, voguant chacun sur une mer et portant une bannière de France au grand mât et un chef d’azur chargé d’un soleil d’or… .

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C’est l’époque où prospèrent les Compagnies des Indes, où l’enthousiasme pour l’Orient est plus vif que jamais, où l’anglomanie se développe. Ce temps aurait été pour les merciers exceptionnellement favorable, même si leur rôle s’était limité à l’importation. La mode des collections, le goût du bibelot, chez une clientèle dont ils encouragent l’avidité pour toutes les nouveautés, accroissent leur importance. Leur place traditionnelle leur permet d’accéder à l’échevinage et leur donne le droit de porter la robe consulaire, « de drap noir à colet et manches pendantes, parementée et bordée de velours de pareille couleur ». Leur fortune peut leur valoir une renommée qui dépasse le cercle d’amateurs qu’ils ont pour clients : Hébert est probablement de tous celui qui, vers le milieu du siècle, atteint la plus grande célébrité. Courajod a cité une phrase du roman de Thémidore qui le concerne. Lorsque en février 1751 est signé à Versailles le contrat de mariage de Dufour, fils de la première femme de chambre de la Dauphine, avec Mlle Hébert, le duc de Luynes note dans ses Mémoires : « fille du fameux Hébert, marchand au palais, laquelle aura beaucoup de bien » . Parmi les merciers parisiens, une petite partie seulement, mais la plus riche, s’intéresse au commerce des objets d’art. Dans le réseau qu’entretiennent les jurandes et qui correspond le plus souvent à des habitudes de travail traditionnelles, les merciers se répartissent, d’après Savary, en vingt classes. Celles-ci ne semblent pas avoir été désignées dans les statuts eux-mêmes ; mais, dans la pratique, chaque mercier possédait sa spécialité. Comme nous avons pu le constater chez les menuisiers, où, à l’intérieur d’une même corporation, voisinaient les menuisiers en meubles, les menuisiers en bâtiments, les menuisiers en carrosses, les ébénistes, chacun étant libre de travailler dans l’une ou l’autre branche, mais demeurant, sans qu’un texte l’y contraigne, étroitement lié par l’usage à sa technique particulière, rien n’interdit aux merciers, surtout dans un métier de revente aussi large et peu défini que le leur, de passer d’une classe à l’autre.

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Atelier de menuiserie au 18e siècle.

Cependant les grandes divisions indiquées par Savary paraissent avoir été respectées. Les uns,  les plus nombreux et dont le commerce est le plus ancien, vendent tout ce qui, de près ou de loin, touche au tissu, soieries précieuses aussi bien que bergames ou tapis, galons ou rubans, passementeries, éventails et accessoires de la toilette, et, naturellement, la menue mercerie (classes 18 et 19). Le commerce de la peausserie concerne la 9e classe, celui de la papeterie la 16e ; trois classes, les 11e, 12e et 17e, font le négoce du métal, soit brut, soit sous forme de quincaillerie ou de chaudronnerie. Les merciers qui s’appliquent aux objets d’art proprement dits appartiennent à quatre classes différentes. Mentionnons d’abord, un peu comme pour mémoire, les bimblotiers (20e classe); malgré leur nom, l’art du bibelot, au sens que nous donnons aujourd’hui à ce terme, leur doit peu ; ils sont surtout en contact avec la corporation des tabletiers. Les marchands de miroirs (14e classe), cristaux, objets de toilette et de lustrerie, ont avec l’art des rapports plus étroits depuis que le développement du luxe et de l’industrie donne à ces produits une plus grande diffusion; ils font travailler les manufactures de glaces françaises et étrangères, ou encore les miroitiers-lunettiers parisiens, dont l’activité, lorsqu’il s’agit de châssis, parquets, boiseries ou cadres de miroirs, semble avoir été mal séparée de celle des menuisiers. Les joailliers (5e classe) se trouvent, comme revendeurs, liés aux lapidaires ou tailleurs de pierreries, peu nombreux à Paris, et à la puissante corporation des orfèvres-bijoutiers, dont ils ont constamment besoin. Ceux enfin, qui, plus que tous autres, constituent les véritables marchands ďobjets ďart, appartiennent à la 13e classe, que Savary définit ainsi : « ceux qui vendent des tableaux, des estampes, des candélabres, des bras, des girandoles de cuivre doré et de bronze, des lustres de cristal, des figures de bronze, de marbre, de bois, et d’autre matière, des pendules, horloges et montres ; des cabinets, coffres, armoires, tables, tablettes et guéridons de bois de rapport et doré, des tables de marbre et autres marchandises et curiosités propres pour l’ornement des appartements. Les grands merciers que nous citerons plus loin se rangent presque entièrement sous cette rubrique. Quelques merciers se distinguent des autres et n’appartiennent pas directement au Corps parisien, tout en exerçant le même métier. Ils jouissent du vieux privilège des marchands suivant la Cour, nommés aussi marchands privilégiés du Palais. A Versailles, ils sont établis, ainsi que d’autres corps de métiers (orfèvres, horlogers, libraires) dans les galeries basses et les escaliers du château. Ces merciers forment une sorte de petite communauté particulière qui, n’étant pas comprise dans le Corps de la mercerie et n’étant pas soumise à l’apprentissage, doit cependant se plier aux visites des gardes de ce Corps. Leur nombre, d’après Savary, est de vingt-six au milieu du 18e siècle. Parmi eux, quelques-uns seulement, tel Hébert, font commerce d’objets d’art .

 

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